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New York retrouve son superflic

Extrait du journal LE PARISIEN du 19 janvier 2014

Mâchoires carrées, regard bleu acier, sans état d’âme face au crime… William Bratton est une légende de la police américaine. Il rempile à la tête du mythique NYPD, dix-huit ans après l’avoir quitté.

Devant les caméras le jour de sa nomination, William J. Bratton brandit un livre à la couverture jaune usée : « Votre police ». Le même qu’il empruntait par hasard, à 9 ans, à la bibliothèque de Boston et que son père postier et sa mère, femme au foyer, le verront lire pendant des heures, à s’en user les yeux. Un déclic. A 66 ans, le regard perçant, un profil d’aigle, il pétille de la même impatience d’enfant pressé de se colleter au crime.
Bratton ouvre le livre : « Nous devons toujours nous rappeler, chaque fois que nous voyons un policier, qu’il est notre ami. » Ces mots qui ont forgé sa vocation seront, à New York, son nouveau leitmotiv. « Dans cette ville, je veux que chaque New-Yorkais puisse dire : ma police ». Depuis son retour, début janvier, le ton, plus enclin au dialogue, a bien changé par rapport à 1994, quand le nouveau chef du NYPD (le département de la police de New York) martelait d’un ton guerrier : « Nous allons nous battre pour chaque maison, pour chaque rue… Et nous allons gagner. »
Adepte de la tolérance zéro

A l’époque, la ville rongée par le crime et par la corruption comptait près de 2 000 meurtres par an. Arrivé de Boston, après un début de carrière fulgurant, adepte de la tolérance zéro, Bratton révolutionne les méthodes de la police new-yorkaise en s’appuyant sur un outil conçu par un obscur policier rencontré à l’autorité des transports. JackMaple, pour éradiquer les vols dans le métro, avait eu l’idée de les recenser sur d’immenses cartes recouvrant les murs de son bureau. Avec lui, Bratton met au point un système de cartographie en temps réel du crime, baptisé CompStat, grâce auquel la police enregistre aujourd’hui encore d’extraordinaires résultats. En à peine deux ans, la criminalité est réduite d’un tiers et le nombre de meurtres divisé par deux. Le monde entier encense le superflic de New York, au point que le maire, Rudolph Giuliani, en prend ombrage et le force à démissionner en 1996. Mais Bratton, qui savoure son exposition médiatique, sait capitaliser sur sa réputation. Pendant des années, les entreprises de sécurité s’offrent ses services et les municipalités du pays se bousculent aux portes de sa société de conseil. En 2002, il prend la tête de la police de Los Angeles, le LAPD dont le prestige a été sali par le tabassage de Rodney King et les émeutes de 1992. « Supercop » Bratton relève, là encore, le gant : il restaure les relations avec les différentes communautés et amorce une baisse historique de la criminalité. David Cameron pensera même à lui, en 2011, pour diriger la police de Londres… Après une telle carrière, Bratton a-til encore des défis à relever ? Pour revenir, il a dû quitter ses fonctions lucratives aux conseils d’administration de plusieurs entreprises. Le taux de criminalité à New York (35 000 policiers, 332 meurtres l’an dernier) est à son plus bas niveau historique, mais la police souffre d’un déficit d’image… Le superflic au coeur d’artichaut (il a été marié quatre fois), habitué des plateaux de télévision qu’il adore et même du cinéma (il est apparu en 2002 dans le film « Influences » avec Al Pacino), devra incarner au quotidien son rôle de légende… Un rôle qui ne tolère pas de faux pas.

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